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Interview de David Desgouilles

le jeudi 5 janvier 2017

questions à David Desgouilles - interview réalisé par emilie bonnet, collibris / l'ivre de lire 

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q. Bonjour. Pouvez-vous vous nous parler de vous, de votre parcours ?
Bonjour. J'ai longtemps fait de la politique. Pour me situer, j'étais actif dans la galaxie gaulliste et souverainiste, ce qui m'a conduit à soutenir notamment Philippe Séguin, Charles Pasqua et Jean-Pierre Chevènement. Ce n'est qu'en 2006 que j'ai ouvert mon premier blog, avant d'être repéré par les sites de Causeur et de Marianne en 2008. Je me tiens depuis éloigné de la politique opérationnelle. En 2013, on m'a convaincu que je pouvais aller plus loin que la rédaction d'articles pour internet. Et j'ai donc publié mon premier roman en juin 2015.

q. Comment vous est venue l'idée de votre nouveau roman "Dérapage" ?
Fréquentant les réseaux sociaux et en particulier « Twitter », j'avais souvent été mis mal à l'aise par les chasses en meute après ce qu'on appelle communément (et l'ajout obligatoire de cet adverbe pose en lui-même problème)  un « dérapage ». On y voit des gens pourtant très propres sur eux réclamer des sanctions pour telle ou telle personnalité politique ou, pis, pour un de leurs confrères après une déclaration qui les choque ou scandalise. Et on va même jusqu'à demander sa mort sociale. Je me disais : « un jour, il  y aura un vrai mort ». C'est de là que j'ai eu l'idée de mettre en scène une descente aux enfers de l'un de ces anciens chasseurs devenu gibier. Et comme j'aime toujours mélanger personnages fictifs et personnages existants, j'ai ensuite ajouté une autre intrigue dans l'intrigue autour d'un kidnapping international.

q. Votre roman est ancré dans la région Bourgogne-Franche-Comté. Est-ce important pour vous de situer le cadre de votre livre dans des lieux que vous connaissez bien ?
Plus précisément, j'ai créé des héroïnes, Anne-Sophie Myotte dans le premier roman, Pauline Bland-Meunier dans le deuxième, qui, bien que parisiennes pour des raisons professionnelles, sont originaires de villages franc-comtois. Mais dans « Dérapage », et contrairement au « Bruit de la douche », la balance entre Paris et Franche-Comté est bien plus favorable à la seconde. Je connais effectivement très bien ce qu'on appelle la « Bresse jurassienne » et ce village, Chapelle-Voland, dont j'ai été milieu de terrain du club de foot il y a une vingtaine d'années. Sa particularité (très étendu, des hameaux et des maisons isolées) se prêtait à merveille  à l'intrigue du roman.
Je n'en suis qu'à mon deuxième roman : je ressens donc sans doute plus ou moins consciemment une tranquillité à situer mes histoires dans des décors connus, quitte à enrober ce besoin dans un chauvinisme régional ! Mais, promis, pour les prochains, j'essaierai d'explorer d'autres lieux !

q. Dans votre roman, Nicolas Sarkozy se fait kidnapper. La scène se déroule en 2015. Une façon de l'extraire de la vie politique, lui qui souhaitait tant y revenir ?
La scène se déroule en effet à l'été 2015 à un moment où Nicolas Sarkozy était déjà redevenu président de son parti. Dans mes chroniques sur Causeur, je pensais que les affaires et la perspective d'être battu à la primaire le ferait renoncer. J'ai eu tort. En revanche, j'ai toujours pensé que s'il y allait finalement, il serait sèchement battu. Mais en décidant de l'enlever dans ce roman, j'ai complètement fait abstraction de mes analyses politiques. En fait, Sarkozy est sans doute l'un des personnages les plus romanesques de notre vie politique. Il était le kidnappé idéal.

q. Dans une précédente interview menée par Denis Arnoud, vous avez déclaré que la "politique française était devenue un théâtre d'ombres, où de mauvais acteurs font semblant, à grand renfort de com'". Dans le contexte actuel, que vous inspire votre propre analyse ?
J'avais en effet répondu ceci au moment de la sortie du « Bruit de la douche ». J'aurais du mal à dire l'inverse aujourd'hui. La com' est toujours aussi présente. Les acteurs ne sont guère plus talentueux. Regardez Emmanuel Macron lors de son fameux meeting mi-décembre. C'était tellement surjoué ! Et pourtant, faute de mieux dans la nouveauté, ça semble fonctionner.

q. Votre précédent roman était une uchronie mettant en scène le destin de Dominique Strauss-Kahn. "Dérapage" est une fiction-politique mettant en scène l'ancien chef de l'Etat. Quel sera votre prochaine cible ?
Joker. J'ai un projet en tête. A priori, les cibles pourraient être très nombreuses dans un seul livre. Je ne vous en dis pas davantage.

q. On dit souvent qu’on est ce qu’on lit. Et vous, que lisez-vous ?
Mes chroniques politiques m'obligent à lire beaucoup d'essais. J'ai apprécié dernièrement celui d'Alexandre Devecchio « Les nouveaux enfants du siècle » et celui de Coralie Delaume et David Cayla « La fin de l'Union européenne ». Côté littérature, le dernier roman que j'ai particulièrement apprécié, c'est le premier de Leila Slimani, « Dans le jardin de l'ogre », que je souhaitais lire avant son second qui a obtenu le Goncourt. J'aime Houellebecq, en particulier « La carte et le territoire » et « Plateforme ». Côté polar, j'apprécie Dominique Forma dont j'ai apprécié la lecture de son dernier né « Amor », et évidemment mon camarade Jérôme Leroy. Il y a vingt ans, j'aimais bien engloutir les sagas historico-politiques de Max Gallo.

q. Un mot de votre actualité 2017 : séances de dédicace ? Salons ?
J'ai d'ores et déjà deux salons à mon agenda. Le premier à Dole, ma ville natale jurassienne, ce qui fait démentir l'adage « nul n'est prophète en son pays », Et j'ai aussi reçu l'invitation de la réputée foire du livre de Saint-Louis, en Alsace. Mais à l'heure où je vous réponds, Dérapage n'est pas encore en librairie.