Cristina de Stefano


 
Issue d'un milieu intellectuel et cultivé et d'une famille à l'engagement fasciste à la fois profond et assumé, de santé fragile comme ses parents, Vittoria Guerrini, qui parmi ses nombreux noms de plume choisira le pseudonyme de Cristina Campo, est un personnage inclassable et d'une très profonde originalité.

Attirée dès son plus jeune âge par les expériences mystiques, elle dévorera Simone Weil et, après sa conversion au catholicisme, se rapprochera progressivement de Mgr Lefebvre, menant une ardente bataille pour le maintien de la liturgie en latin, avant de découvrir, au soir de sa courte vie, les richesses du christianisme orthodoxe. Femme de lettres, elle publiera des poèmes et, surtout, traduira en italien des auteurs aussi divers que John Donne, Hugo von Hofmannsthal, Simone Weil bien sûr, ou encore William Carlos Williams.

Esprit profond tourné vers l'intériorité, Cristina Campo sera une "anti-moderne" par excellence. Anti-moderne, elle l'était par toutes les fibres de sa conscience et de son instinct, ne se reconnaissant pas dans la société italienne du miracle économique, synonyme pour elle de perte de l'âme et de l'authenticité, aussi bien personnelle que culturelle. Mise au ban de la vie intellectuelle transalpine, ou peu s'en faut, par une certaine gauche "bien-pensante" qui exerçait alors un pouvoir sans partage sur les lettres italiennes, Cristina Campo sera redécouverte progressivement, la richesse de son approche intellectuelle et humaine n'apparaissant dans sa plénitude qu'une fois dissipées les brumes de l'intolérance sectaire et des classifications simplistes et abusives.

Ce sera le patient, discret et méritoire travail des années 80 et 90, tout au long desquelles une génération entière d'intellectuels italiens découvriront en Cristina Campo un véritable précurseur, un témoin discret et d'un implacable sens critique du profond désarroi engendré par les sociétés modernes ou post-modernes, mais dans tous les cas de figure fondamentalement matérialiste. Encore largement méconnue en France, l'œuvre de Cristina Campo y suscite un intérêt grandissant. Aussi cette biographie paraît-elle en même temps que la traduction de deux ouvrages de l'auteur, Sous un faux nom, recueil d'articles publié par L'Arpenteur-Gallimard, et Lettres à Nita, volume de correspondance publié chez le même éditeur et qui rassemble quelques unes des plus belles pages écrites par Cristina Campo, déjà l’auteur d’un chef-d’œuvre critique Les Impardonnables (L’Arpenteur Gallimard, 1992).
 
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